Journée mondiale de la santé

Décryptage

Journée mondiale de la santé

La mobilité durable, une ordonnance pour la ville

Descendre un arrêt plus tôt pour marcher quelques minutes de plus, choisir le bus plutôt que la voiture, privilégier le vélo pour les courtes distances… Ces arbitrages du quotidien paraissent anodins. Ils dessinent pourtant une autre manière de se déplacer en ville, avec des effets directs sur la santé.

Car se déplacer ne se résume pas à aller d’un point A à un point B. C’est aussi s’exposer à un environnement fait de pollution, de bruit et de stress, dont les effets s’accumulent dans le temps. À l’inverse, certains choix de mobilité permettent d’en limiter l’impact.

La pollution de l’air : un impact direct et mesurable

En France, la pollution de l’air est responsable d’environ 40 000 décès prématurés par an¹. Le trafic routier en constitue l’une des principales sources. Selon le CITEPA, il est le premier émetteur de polluants atmosphériques, notamment d’oxydes d’azote, de particules fines (PM2,5) et de dioxyde de carbone². Ces émissions affectent les voies respiratoires, fragilisent le système cardiovasculaire et sont associées à des risques accrus d’asthme, de bronchite chronique et de maladies cardiaques.

Cette concentration de polluants se manifeste particulièrement dans les grandes agglomérations, où la densité du trafic est la plus élevée. Paris et Lyon restent ainsi les deux seules villes françaises en dépassement régulier des normes réglementaires de qualité de l’air pour le NO₂³.

Dans ce contexte, réduire la place de la voiture individuelle apparaît comme un levier direct. Le développement de réseaux de transports collectifs denses et performants permet de diminuer le nombre de véhicules en circulation et, par conséquent, les émissions associées.

Certaines villes ont engagé cette évolution de manière progressive. À Bordeaux, l’ouverture de deux nouvelles lignes de tramway sur le réseau TBM a permis de relier des zones périphériques sans recourir systématiquement à la voiture, contribuant à une baisse du trafic sur plusieurs axes.

Le bruit, un mal quotidien sous-estimé

Après la pollution de l’air, la pollution sonore constitue le deuxième facteur de risque environnemental pour la santé en Europe, selon l’Agence européenne pour l’environnement (AEE). Environ 113 millions d’Européens sont exposés à long terme à des niveaux sonores d’au moins 55 décibels liés à la circulation routière⁴.

Cette exposition prolongée n’est pas sans effet. L’AEE estime qu’elle provoque chaque année 12 000 décès prématurés et 48 000 nouveaux cas de maladies cardiaques ischémiques en Europe⁴. En France, une étude de l’ADEME évalue à 147 milliards d’euros par an le coût social des nuisances sonores, en intégrant les pathologies associées, les troubles du sommeil et les pertes de productivité⁵.

Dans les usages, la différence se joue aussi dans l’expérience du trajet. Là où la conduite impose une vigilance constante, les transports permettent de déléguer et d’utiliser ce temps autrement : lire, écouter de la musique, se reposer. Ils contribuent également à réduire le niveau sonore global dans les espaces urbains, un bénéfice dont profitent aussi les riverains.

Remettre la marche au cœur des déplacements : un enjeu de santé publique

Alors que l’OMS recommande aux adultes de pratiquer au moins 150 minutes d’activité physique modérée par semaine, c’est près d’un tiers de la population adulte mondiale (soit 1,8 milliard de personnes) qui ne respecte pas ce seuil minimal6.

En France, la situation est particulièrement préoccupante : 40 % des femmes et 24 % des hommes sont considérés comme inactifs, du fait de leur sédentarité⁷. Les conséquences sont directes : augmentation de la prévalence du diabète de type 2, de l’obésité et des maladies cardiovasculaires.

 

Dans ce contexte, les déplacements du quotidien constituent un levier souvent sous-estimé. La quasi-totalité des trajets en transports en commun intègre une part de marche, et jusqu’à 90 % des usagers accèdent à leur arrêt ou station à pied. Ces phases piétonnes (accès, correspondances, sortie) peuvent représenter jusqu’à la moitié du temps total de déplacement. Les usagers des transports en commun pratiquent ainsi en moyenne 27 minutes d’activité physique par jour dans le cadre de leurs déplacements, contre seulement 8 minutes pour les automobilistes⁸. Prendre le bus ou le tramway consiste alors à réintroduire du mouvement dans le quotidien.

 

Les mobilités actives produisent également des effets mesurables : la pratique du vélo permet d’éviter près de 2 000 décès par an et 6 000 cas de maladies chroniques, et chaque kilomètre représente environ un euro de coûts sociaux de santé évités⁹. À l’échelle nationale, cela correspond à 4,8 milliards d’euros d’économies chaque année, un montant qui pourrait doubler si 25 % des trajets courts en voiture étaient remplacés par la marche ou le vélo.

Se déplacer autrement pour vivre mieux

Les déplacements du quotidien n’agissent pas seulement sur la santé physique : ils influencent aussi l’équilibre mental. Stress, fatigue, sentiment d’insécurité…certains trajets peuvent devenir des sources de tension, en particulier lorsqu’ils sont longs, imprévisibles ou contraints.

 

En France, 41 % des personnes ayant souffert de symptômes dépressifs estiment que leurs difficultés de déplacement y ont contribué¹⁰. À l’inverse, des trajets plus fluides, plus lisibles et moins exposés peuvent jouer un rôle différent. Ils offrent des temps de respiration dans la journée, permettent de relâcher l’attention et participent, plus largement, à un meilleur équilibre au quotidien. Les usagers réguliers des transports publics développent ainsi une capacité accrue à s’adapter aux aléas, ce qui contribue à réduire leur niveau de stress.

 

Se déplacer autrement ne relève donc pas uniquement d’un choix pratique, mais c’est aussi une manière d’agir, de façon diffuse mais réelle, sur son bien-être. Chaque choix de mobilité est alors, en creux, un choix de santé publique. Et les transports collectifs constituent, à cet égard, l’une des réponses les plus efficaces à l’échelle d’une ville.

Références :

 

1 Santé publique France, Pollution de l’air ambiant : nouvelles estimations de son impact sur la santé des Français, 14 avril 2021.

 

2 CITEPA, Émissions de polluants atmosphériques du transport routier, inventaire format Secten, avril 2024.

 

3 Ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires, Qualité de l’air, données LCSQA 2023.

 

4 Commission européenne, Pollution zéro : un nouveau rapport de l'UE réclame une action plus énergique pour réduire les nuisances sonores, mars 2023.

 

5 ADEME, étude sur le coût social des nuisances sonores en France, 2021.

 

6 Organisation mondiale de la Santé, Près de 1,8 milliard d’adultes exposés à un risque de maladie en raison d’un manque d’activité physique, juin 2024.

 

7 ONAPS, L’activité physique et la sédentarité en France, 2022.

 

8 ministère de l’Aménagement du territoire et de la décentralisation, Combiner la marche et les transports en commun, septembre 2025.

 

9 The Lancet Regional Health Europe, The untapped health and climate potential of cycling in France: a national assessment from individual travel data, 29 février 2024.

 

10 Keolis, Mobilités : la santé mentale à l'épreuve des transports, mai 2025.